Conseils Thermiques

orientation énergétique de la france 2050

Le rapport sur l'énergie 2050, nom de code "note de synthèse n°263 de février 2012 est l'oeuvre du centre d'analyse stratégique. Il fixe l'orientation énergétique de la France d'ici à 2050. Et vu ce qu'il en ressort, il est évident qu'ils ont lu le concept négawatt à l'envers et/ou que le lobbying nucléaire à bien fonctionner. On pourrait même taxer ce document de désinformation en annonçant par exemple des émissions de gaz à effet de serre supérieur dans le cas d'une sortie du nucléaire au profit des énergies renouvelables.

Tout commence plutôt bien puisqu'on apprend que la première proposition est de promouvoir la sobriété et de l'efficacité énergétique, deux axes phares du concept négawatt. Il est donc question de recherche et développement (R&D) sur la séquestration du carbone, de développement des énergies renouvelables individuelles (décentralisées), de réseaux de chaleur et de mise en place de smart grid. Beaucoup de pistes mais peu de concret.

On peut ensuite parler de la propositions concernant la mise en place de coopération internationale dans le domaine de l'énergie qui reste très flou mais qui peut sembler intéressante.

Vient ensuite, la proposition pour adapter les tarifs de l'électricité des entreprises dites "electro-intensives". Choix qui s'inspire des décisions de l'Allemagne qui ne souhaitent pas trop pénalisée ces entreprises très dépendantes lors de la sortie du nucléaire qui va induire une hausse à court/moyen des prix de l'électricité.

Les premières propositions ne sont peut-être pas les meilleurs, mais elles n'ont rien à voir avec les premières qui sont totalement incohérentes. On commence par la proposition visant à changer le marché européen de l'énergie pour mieux gérer les périodes de pointes puisque l'Allemagne n'a plus de nucléaire, elle doit ainsi importer plus d'électricité qu'auparavant. Elle va importer plus c'est vrai, mais le pays dont les pointes sont les plus importantes c'est bien la France, malgré son parc nucléaire actuel à plein régime. Et dans ces périodes de pointes, voir même en hiver en général, la France importe plus qu'elle n'exporte. Le changement de réglementation arrangerait donc surtout la France, difficile de croire que les autres pays soient d'accord...

Arrive ensuite le gros morceau, l'étude pour savoir réellement qu'elle orientation choisir. 4 options : l'accélération du passage à la troisième génération du nucléaire (1), la prolongation d'exploitation du parc actuel (2), la réduction progressive du nucléaire (3), la sortie du nucléaire (4). Nous n'allons pas détailler chaque option puisque cela apporte peut d'intérêt tant les incohérences sont nombreuses. Consacrons-nous plutôt au résultat qu'en tire le centre d'analyse.

La proposition est donc de combiner le passage à la troisième génération nucléaire (EPR) tout en prolongeant le parc actuel pour le moment. Il est même question du recours à la 4ème génération, alors que l'EPR est loin d'être totalement maîtrisé. En effet, selon les études faites, les options "réduction progressive du nucléaire" et "sortie complète du nucléaire" combinent tous les désavantages. Le coût tout d'abord, plus de 30 à 50% de plus que les 2 autres options, alors que le coût de fabrication d'une centrale EPR ne cesse d'augmenter, tout comme les financements de la maintenance des centrales actuelles. Chose encore plus surprenante, on y apprend qu'avec ces solutions (3 et 4), les émissions de CO2 seront plus importantes, jusqu'à 2 fois plus importantes pour une substitution du nucléaire par des énergies renouvelables. Cela peut - à la limite - être vrai en 2030 puisque l'arrêt du nucléaire (négawatt prévoir une sortie complète pour 2035 environ) devra passer par une étape d'augmentation du nombre de centrales gaz. Mais le but de cette étude est de fixer les orientations à 2050, pas 2030! Entre 2030 et 2050, il est clair que la production d'EnR augmentera et remplacera donc progressivement les centrales gaz pour parvenir à des émissions de CO2 identiques voir inférieurs au mix actuel.

Continuons avec l'impact sur le PIB et l'emploi. Même chose que précédemment, les chiffres ne sont pris que pour 2030 et seule l'augmentation du coût de l'électricité a été étudiée. Comme le coût de l'énergie est - prétendument - supérieur pour les solutions 3 et 4, leur impact sur le PIB et l'emploi est négatif puisque le pouvoir d'achat diminuera. Or, l'augmentation des installations d'EnR s'accompagnera forcément de création de nouveaux emplois et d'investissements d'entreprise, ce qui ne peut être que bénéfique. Si certains craignent que les emplois du secteur du nucléaire soient détruits, rassurez-vous, le démantèlement des centrales nucléaires devrait s'échelonner sur plusieurs décennies...

Nous arrivons bientôt au bout (accrochez-vous encore un peu :) ). L'indépendance énergétique est forcément pointée du doigt, notamment à cause du recours aux énergies fossiles temporairement. On oublie donc, le fait que le France importe déjà de l'électricité l'hiver et que jusqu'à preuve du contraire, il n'y a pas d'uranium en France... Pour le moment, on exploite d'autres pays, notamment Africains mais cela pourrait bien changer un jour... Et encore une fois, si les sources d'énergies renouvelables sont suffisamment diversifiées, les importations même en hiver ne seront pas systématiques au contraire.

On finit avec la dernière proposition qui est difficilement qualifiable. Je cite : "s'interdire toute fermeture administrative d'une centrale nucléaire qui n'aurait pas été décidée par l'exploitant à la suite des injonctions de l'Autorité de sûreté". Concrètement cela signifie quoi? Les centrales nucléaires coûtent des fortunes à la construction, mais aussi en maintenance et le coût de démantèlement n'est pas encore connu mais sera forcément prohibitif. On apprend dans le rapport que l'arrêt de Fessenheim a 40 ans (durée de vie initial) au lieu de 60 ans engendrera environ 1 milliard d'€ de manque à gagner d'ici 2020. (2 milliards d'€ en valeur actualisé, en sachant que cela représente une augmentation de 5%/an). La sécurité nucléaire et donc d'une bonne partie de la France voir de l'Europe ne vaut donc pas 1 ou 2 milliards d'€....

Une seule conclusion est possible, ce rapport est tout sauf sérieux. Les études faites pour chaque option souffrent de manque évident pour être complètes. La réduction des besoins a ainsi été totalement laissée de côté sinon les résultats n'auraient pu qu'être différents. Il est cependant totalement impossible de porter dans ce débat contre un mur... Il reste donc à participer aux deux axes qui sont à la portée de chacun : la sobriété et l'efficacité...

Le rapport se trouve ici

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